Au festival "Les Invites" à Villeurbanne, l'adaptation théâtrale de la BD "Zaï Zaï Zaï Zaï" résonne avec l'actualité

Il y a 2 mois 96

Jusqu'au 18 septembre dans la grande ville de l'est de Lyon, le festival d'art de rue "Les Invites" se joue à ciel ouvert. La pièce Zaï Zaï Zaï Zaï, adaptation théâtrale de la BD éponyme à succès de Fabcaro, en était l'une des représentations très attendues. Sans oublier "Renverse", la performance de haute voltige d'une funambule accompagnée par de la musique alternative. 

Sous un ciel d'orage menaçant, au pied de la grande roue posée devant l'hôtel de ville style art déco de Villeurbanne, environ 200 personnes rient aux éclats devant les sketchs des comédiens du collectif "Jamais trop d'art !". Sur scène, c'est-à-dire sur le bitume devant des gradins en bois, la troupe adapte en pièce de théâtre la BD Zaï Zaï Zaï Zaï de Fabcaro. C'était l'un des spectacles très attendus du festival d'art de rue "Les Invites", qui se tient gratuitement dans l'espace public de Villeurbanne jusqu'au 18 septembre. Une sorte de répétition générale pour la ville, désignée Capitale française de la culture 2022.

Zaï Zaï Zaï Zaï, un immense succès qui s'est écoulé à plus de 180 000 exemplaires, est une critique à la fois hilarante et féroce de notre société. L'album, comme la pièce de théâtre, s'ouvre à la caisse d’un supermarché. Fabrice, alter ego de l’auteur, réalise au moment de payer qu’il a oublié la carte de fidélité du magasin. Interpellé par la caissière puis par le vigile du magasin, il parvient à prendre la fuite et devient le fugitif le plus recherché de France, traqué par la police et les médias.

Ce road-movie complètement absurde frappe juste. Avec un pas de côté, Fabcaro caricature le conditionnel employé à toutes les sauces par des chaînes d'informations en continue, mais aussi les dérives des enseignes commerciales qui font d'un appareil à raclette un Graal à gagner grâce aux points de fidélité, ou encore le racisme ordinaire. 

La mise en scène de la pièce du collectif "Jamais trop d'art !" restitue parfaitement l'ambiance de la BD. Les cinq comédiens enchaînent les scènes très rapidement à la manière des cases qui se succèdent sur une planche. Sans changer de costume, ni de décor, ils jouent à eux cinq une quarantaine de personnages différents en 40 minutes. Seul petit hic : les décibels de la grande roue voisine couvrent quelques tirades. Mais c'est aussi le charme du festival des "Invites", où les comédiens se frottent à la vie citadine qui continue de tourner autour d'eux. 

À l'issue de la représentation, la foule chante à l'unisson avec les comédiens la chanson Siffler sur la colline de Joe Dassin (dont est tiré le titre "Zaï Zaï Zaï Zaï"). Les premières gouttes d'orage tombent quelques instants plus tard. Le public se disperse et Emilie Bedin, l'une des comédiennes, revient sur ce qu'a voulu transmettre le collectif à travers l'adaptation de Zaï Zaï Zaï Zaï. "On a pris le parti du héros. C'est lui qui a raison. On a aussi bossé avec un chorégraphe pour recréer les cases de la BD dans la pièce. C'est lui qui nous a conseillé d'enchaîner très rapidement les sketchs".

La troupe a mis deux ans à adapter la bande dessinée. Les comédiens jouent la pièce depuis 2019. "À l'époque, on ne pensait pas que les propos de la pièce résonneraient autant avec le contexte actuel", poursuit la comédienne. En l'écoutant, on pense aux dérives verbales de certaines personnalités politiques sur les thématiques de l'immigration ou de la sécurité. Fabcaro lui-même n'aurait pas osé aller si loin dans la caricature. 

Et aussi aux "Invites" : "Renverse"

Devant l'autre façade de l'hôtel de ville de Villeurbanne, sur l'immense place Lazare-Goujon, se jouait une toute autre performance artistique. "Les filles du renard pâle" a concocté un numéro de funambulisme de haute voltige accompagné par de la musique live.   

En silence, chacun retient son souffle, les yeux rivés vers une frêle silhouette qui s’élève dans le ciel plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol. Une jeune femme, cheveux auburn, veste verte, aux lèvres rouges, repousse à chaque instant les limites de l’équilibre. Accompagnée d’un balancier, elle vacille, s’arrête, joue du haut de ce fragile perchoir.

La funambuliste Johanne Humblet perchée au-dessus de l'hôtel de ville de Villeurbanne lors du festival "Les Invites".  (Les Invites) La funambuliste Johanne Humblet perchée au-dessus de l'hôtel de ville de Villeurbanne lors du festival "Les Invites".  (Les Invites)

Dans un premier temps mystérieuse, la prestation gagne en intensité. Les figures deviennent de plus en plus spectaculaires, effectuées avec une facilité déconcertante par l’artiste. Tête en haut, puis en bas, par une élégante pirouette : la gravité semble d’avoir aucune prise sur cette funambule. Le public n’en perd pas une miette, venu nombreux pour assister à cette performance majeure des "Invites de Villeurbanne".

Rythmée par de la musique en live, la prestation est envoûtante. Les mélodies s’inspirent des pas de l’artiste. "On s’accompagne mutuellement, elle nous donne des intentions par ses mouvements et inversement", explique Léo, l’un des musiciens. Chaque prestation est unique, une volonté de l’artiste pour garder une part de liberté. Renverse, le nom du spectacle, est une invitation à l’évolution et à faire face aux épreuves. "Le fil est symbolique de la vie", souffle Johanne Humblet, funambule. Lors de l’apogée de sa prestation, elle semble vacillante, hésitante. Mais "il suffit de regarder en bas pour comprendre que nous ne sommes pas seuls", ajoute-t-elle, en s'adressant au public. 

Le festival d'art de rue "Les Invites" se tient à Villeurbanne jusqu'au 18 septembre. Les spectacles sont gratuits et se déroulent en extérieur. La programmation est disponible sur le site web du festival

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