Chronique : À mains nues -2- Tome 2 (Les Arènes)

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Q ui aujourd’hui connaît Suzanne Noël ? Personne ! Ce serait faire fi des 72.000 membres du mouvement Soroptimist et des 30.000 exemplaires concernant la première partie de sa biographie scénarisée par Leïla Slimani et dessinée par Clément Oubrerie.

Suzanne Noël, comme tant d’autres, a œuvré à une époque qui ne lui donnait pas vraiment les moyens de s’exprimer comme de s’accomplir ! Chirurgienne, au lendemain de la Grande Guerre, elle n’a eu de cesse de travailler à la juste reconnaissance du droit des femmes.

À la lecture du second volet de À mains nues, la vision qui est donnée de cette précurseuse demeure ambiguë. Si elle a milité pour l’émancipation des siennes en créant, notamment en 1924, le premier club Soroptimist français, elle reste cependant attachée à une certaine conception de la femme… marquée par les hommes ! Ainsi, même elle développe la chirurgie réparatrice en remodelant le visage des Gueules cassées, elle participe également à la promotion de la chirurgie plastique et concourt ainsi à l’injonction patriarcale de l’éternelle beauté. Cependant, l’approche de cette militante est empreinte de pragmatisme : avant de changer la société, elle choisit de transformer celles - pauvres comme riches - qui, du fait de leur physique, en sont exclues.

Au-delà d’une version romancée de sa vie qui force à s’interroger sur la nécessité d’une part de fiction dans un destin qui apparaît se suffire à lui-même, le dessin de Clément Oubrerie fait toujours écho à cette période de bouillonnement artistique au travers de la présence récurrente de tableaux accrochés aux murs et d’un traitement visuel porté par la couleur.

À mains nues permet de découvrir une femme de mérite et de conviction, mais il serait important de ne pas s’arrêter là … car comme le souligne Leïla Slimani, il n’y a pas de sororité sans fraternité !

Par S. Salin

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