Chronique : (AUT) Jacobs, Edgar P. -12- Edgar P. Jacobs - Un pacte avec Blake et Mortimer (Les Impressions Nouvelles)

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A uteur majeur de la bande dessinée franco-belge du côté ligne claire de la force, Edgar P. Jacobs (1904 – 1987) a marqué et continue de marquer des millions de lecteurs, malgré une œuvre finalement très restreinte. Une seule série, Blake et Mortimer, déclinée dans seulement huit histoires parues sur trente ans, c’est peu en comparaison de ses illustres confrères. Mais voilà, tous - ou à peu près - sont des chefs-d’œuvre truffés de scènes et de personnages devenus iconiques. Artiste méticuleux et perfectionniste à en devenir laborieux, personnage fantasque aimant se draper dans le mystère, génial collaborateur et ami fidèle d’Hergé, une vie privée chaotique l’ayant rendu suspicieux, pour ne pas dire paranoïaque : Benoît Mouchard et François Rivière ont mené une longue enquête afin de mieux comprendre et faire connaître l’homme, son travail et son influence sur le médium BD.

Arrivé sur le tard dans le métier, ce fils de Bruxelles avait eu le temps de se forger une culture imaginaire impressionnante avant de devenir auteur lui-même. Détail important, il a su comme personne associer et lier une foule d’influences diverses et variées aux terribles évènements qui marquèrent la première moitié du XXe siècle. D’un côté une dramaturgie héritée de ses années de chanteur d’opéra et d’amateur de fantastique gothique, de l’autre, les traumatismes engendrés par les guerres mondiales. Le mélange n’était pas gagné d’avance, surtout dans le cadre d’un magazine jeunesse à une époque où les illustrés étaient surveillés de près afin d’éviter de «traumatiser» les chères petites têtes blondes.

Biographie détaillée et passionnante, Edgar P. Jacobs – Un pacte avec Blake et Mortimer (réédition augmentée de La Damnation d'Edgar P. Jacobs paru en 2003) offre un portrait édifiant et sans concession. Fort de nombreux témoignages de proches, ainsi que de précisions récoltées auprès d’anciens collègues (les propos de Raymond Leblanc ou d’Albert Weinberg, par exemple), l'ouvrage offre une peinture complète du créateur, autant du côté cour que jardin. Petit bémol cependant, l’iconographie très limitée – un maigre cahier hors-texte comprenant des photographies et seulement quatre dessins - ne rend aucunement hommage au talent de Jacobs ! Quelques planches classiques, couvertures ou cases emblématiques auraient été les bienvenues. Dommage.

Livre indispensable à tous les bédéphiles, Edgar P. Jacobs – Un pacte avec Blake et Mortimer permet de mettre un visage et une personnalité sur un des géants du Neuvième Art et de mieux appréhender les racines profondes des mythiques Espadon, Marque Jaune, S.O.S. Météores! et autre Piège Diabolique.

Par A. Perroud

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