Chronique : Créatures -2- La grande nuit (Dupuis)

Il y a 2 semaines 31

U n étrange brouillard a couvert New York et transformé en zombies les personnes l’ayant inhalé. Quelques années après la catastrophe, un petit groupe d’enfants survit dans un univers post-apocalyptique où les ennemis pullulent, d’abord les morts-vivants avides de sucre, puis des hommes à tête de pieuvre, Yog-Sothot, que plusieurs évoquent avec terreur, sans oublier les autres survivants avec qui tous rivalisent pour mettre la main sur les rares ressources.

Alors que le premier volume de Créatures a surtout favorisé la mise en place du cadre et la présentation des principaux personnages, cette seconde fournée entre dans le vif du sujet. Minus ayant été enlevé, sa sœur, Vanille s’associe à la Crado et à Chief pour le retrouver. Parallèlement, Taupe et Testo, se rapprochent de Gros taré, un vieillard aussi déséquilibré qu’érudit. Le temps presse, car tous craignent une seconde grande brume. C’est toutefois dans les sous-sols de la ville que la menace se cristallise.

Stéphane Betbeder construit le scénario comme s’il s’agissait d’une série télévisée. Le groupuscule étant fractionné, le bédéphile suit simultanément plusieurs trames, multipliant ainsi les pistes d’interprétation des phénomènes, vus à travers le regard de protagonistes aux caractères distinctifs. Les séquences, généralement courtes, donnent beaucoup de rythme au projet. En bref, le scénariste sait créer un suspens. Bien que l’esprit de l’ensemble demeure glauque (H.P. Lovecraft n’est pas loin), l’auteur détend l’atmosphère en ponctuant l’histoire de touches d’humour qu’apprécient certainement les jeunes lecteurs du journal Spirou.

Après Broadway, Djief est de retour dans la métropole américaine. Alors qu’il a jusqu’à présent essentiellement pratiqué le dessin réaliste et travaillé pour un public composé d’adolescents et d’adultes, le Québécois adopte cette fois un style semi-caricatural, à l’intention d’un lectorat avant tout composé de préadolescents âgés de dix ou douze ans. Contrairement à Bruno Gazzotti, qui atténue la violence du propos de Seuls avec un trait assez doux, l’illustrateur du Crépuscule des Dieux privilégie un traitement plus sombre. Le choix des acteurs apparaît judicieux, chacun expose courage et hardiesse, tout en laissant transparaître une part de vulnérabilité. Leurs yeux hypertrophiés, inspirés de l’esthétique manga, y sont d’ailleurs pour beaucoup. Enfin, il y a du dynamisme et du mouvement à revendre dans ses cases ponctuées d’onomatopées bien sonores. Un mot sur la colorisation qui, reposant principalement sur le vert, rappelle le smog qui s’est déposé sur la cité.

Les gamins sont au cœur de nombreuses bandes dessinées actuelles ayant pour toile de fond la fin du monde (Seuls, Kidz, Green Class, etc.). La concurrence se révèle donc vive. La saga attendue en cinq tomes tire toutefois son épingle du jeu en proposant un récit complexe et rythmé, soutenu par le travail d’un artiste en pleine forme.

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