Chronique : Énergies noires (Tanibis)

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U n jeune couple désirant s’installer visite une maison en compagnie d’un agent immobilier. Et si, en fait, c’était la demeure qui choisissait ses résidents plutôt que l’inverse ? Sur quels critères ? Leur goût ou leur aisance financière ? Ailleurs, dans un autre espace-temps, un bébé raconte son quotidien de nourrisson, à moins que ça soit des réminiscences de sa vie intra-utérine, peu importe. Des monstres pas si monstrueux, une communication impossible, des sensations vagues et distordues avant l’apparition de la conscience ou simplement le début de la fin ?

Dans l’univers de Jesse Jacobs (Sous la maison, Et tu connaîtras l’univers et les dieux), la vraie nature des choses est toujours cachée et la réalité n’est que de façade. Howard Philip Lovecraft et Philip K. Dick le savaient également, Jacobs n’en pense pas moins et met en images ces peurs intimes et cosmiques. Énergies noires rassemble deux histoires – en littérature, il s’agirait de nouvelles – très différentes ayant néanmoins comme point commun le décentrage narratif : un bâtiment et poupon sont en charge et partagent leurs vérités. Quelques névroses et obsessions plus tard, il en ressort un ouvrage noir de charbon à la tonalité étrange et torturée. Si, à première vue, ces cauchemars et ces créatures à la David B. font frissonner, ils forment surtout des miroirs à peine déformant de nos propres tourments.

Tout en étant très proche d’une certaine horreur gothique, Énergies noires est un album d’aujourd’hui. Un pied dans le subconscient collectif et un autre dans son époque, l’auteur pose un regard original sur des considérations et des angoisses aussi diffuses que réelles.

Par A. Perroud

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