Chronique : I.S.S. Snipers -1- Reid Eckart (Soleil Productions)

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T ireur d'élite rangé au service d'une fédération intergalactique majoritaire et dictatoriale, les innombrables combats et les batailles acharnées ont eu raison du corps du commandant Reid Eckart. Devenu une machine, seul son tronc, sa tête et ses facultés mentales ont été préservés. Lucide quant à sa dernière mission et sur les intentions déguisées d'un génocide plutôt que d'une véritable opération contre des insurgés, Stock et sa troupe de cyborgs ne peuvent se résigner à obéir aveuglement. Les dissidents vont devoir prouver, au péril de leurs tristes vies, qu'il leur reste beaucoup plus qu'un brin d'humanité.

« Je suis Reid Eckart mais on me surnommait « Stock » ! Sans doute parce que je moissonnais la mort et faisais un stock de cadavres là où je collais mes bottes. »

Deux séries, Conquêtes et Androïdes, peuvent-elles en cacher ou faire de l'ombre à une autre ? Était-il nécessaire, compte tenu d'une flotte d'ouvrages de science-fiction ou d'anticipation déjà bien garnie, d'en donner naissance à une nouvelle ? En quoi l'itinéraire d'un tireur futuriste et chevronné se différencie-t-il des aventures d'un robot ou de celles de peuples colonisant des territoires pour la pérennisation de l'espèce ? De but en blanc, elles sont minimes, et c'est autant de réponses que le lectorat sera en droit d'attendre. Tout au plus, il s'agit de tirer le portrait et d'analyser le comportement ainsi que la psychologie de ces surdoués de la cartouche. Peu d'originalité dans un thème maintes fois abordé, et ce n'est pas son malabar aux allures de super-héros Marvelien qui parviendra à apporter de la nouveauté ou à susciter la curiosité. En la matière, les éditions Soleil n'offrent donc pas d'éclaircie. Cependant et presque contre toute attente, le charme opère. Son chef d'orchestre, Jean Luc Istin, parvient à insuffler l'émoi, voire, par moments, le frisson. L'histoire, fondée sur la vengeance, la bonté et la miséricorde, se distingue également par le poids des mots employés, la brutalité de quelques scènes, le tout mis en opposition avec la sensibilité du personnage central.

Il ne faut pas compter sur le dessin d'Erwan Seure-Le Bihan (Odin, Oracle) pour minimiser ou annihiler le propos sombre du scénariste. Non, l'auteur qui s'engage pour la première fois sur un terrain inhabituel, déclenche l'effet visuel escompté. Ceci en partie grâce à un trait rectiligne puis anguleux, tout comme les marges et pourtours teintés en noir qui ternissent un avenir peu engageant.

Les apparences sont trompeuses ! Ce premier tome d', I.S.S Snipers fait taire les rumeurs et les inquiétudes en proposant un très bon moment de lecture.

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