Chronique : L'enfer est vide, tous les démons sont ici (Glénat)

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A près sa capture rocambolesque en Argentine, Adolf Eichmann va être jugé en Israël. Pour l'Etat Hébreu, ce procès est un acte fondamental. Il est conscient que les yeux du monde entier sont braqués sur lui. Événement historique et médiatique, c'est aussi l'occasion de dresser le bilan de la Shoah, de l'incarner à travers le défilé de dizaines de rescapés, qui traînent dans leur sillage les ombres de six millions de victimes.

Dans un premier temps, il se dégage un sentiment de déjà-vu dans cette bande dessinée. Une dénonciation de plus de l'innommable, aussi documentée et rigoureuse soit-elle pourrait sembler redondante. Ceux qui n'ont pas encore compris la leçon ne vont pas modifier leur point de vue après une nouvelle variation sur le même thème. Les autres sont déjà conscients de l'horreur et ils n'apprendront pas grand-chose de plus de cette évocation. C'est en tout cas l'impression qui se dégage dans la première partie. Le récit est respectueux, suivant un fil narratif somme tout fragile, entre fidélité aux fait et fictionalisation par l'introduction de personnages imaginaires qui ne servent qu'à un rôle de révélateurs des antagonismes.

Le véritable sujet est alors révélé. Que faire de ce bourreau ? La peine de mort semble être la seule sentence envisageable. Mais elle est prohibée dans le Judaïsme. Prendre la vie d'autrui est une prérogative uniquement divine. Une Cour qui l'appliquerait serait un lieu de barbarie. Ce dilemme moral offre aux auteurs un angle original et inédit, alors que certains veulent rouvrir le débat en France, remettant en cause l'abolition de la peine capitale. Involontairement, L'enfer est vide, tous les démons sont ici fait tristement écho à la société contemporaine. Et force est de constater que les arguments de ceux qui refusaient l'exécution d'Eichmann restent tout à fait pertinents.

Par T. Cauvin

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