Chronique : Le bourdonnement d'un moustique (Delcourt)

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D aniela a des kystes sur les ovaires et Andrea, des spermatozoïdes paresseux. Quand l’heure de la trentaine sonne, ces conditions commencent à devenir angoissantes. Doute, tristesse et longues discussions s’ensuivent et si adopter était le seul choix qu'il leur restait pour fonder une famille ? D’abord, il y a quelques détails à régler : il faut être marié depuis trois ans (ils vivent en union libre) et le montage du dossier prend autant de temps. Patients et déterminés, ce beau projet de vie les mènera jusqu’en Inde, pour le meilleur heureusement.

Jolie chronique autobiographique, Le bourdonnement d’un moustique permet à Andrea Ferraris de signer un album-témoignage touchant et d’une grande tendresse. Franc du collier, l’auteur décrit sans fard les différentes étapes de cette véritable aventure et n’hésite pas à se mettre entièrement à nu. Sans surprise, ses questionnements ressemblent d’abord à ceux de n’importe quel autre futur père. Comment devient-on un papa ? Sera-t-il à la hauteur ? Puis, il y a toute la problématique de l’adoption outre-mer qui entre en scène. En résumant grossièrement, il s’agit quand même « d’arracher » une enfant du seul milieu de vie qu’elle connaît et de la transporter dans un nouvel environnement totalement étranger. Ce n’est pas anodin, autant pour celle-ci que pour les nouveaux parents.

La seconde partie de l’ouvrage se concentre plus précisément sur le voyage en Inde, quand l’heure d’aller recueillir la fillette sélectionnée par les multiples agences officielles engagées dans cet interminable processus est enfin arrivée. Les dernières interminables heures d’attente à faire semblant d’être des touristes et puis, la première rencontre. Si c’est le coup de foudre pour l’heureux couple, la petite Sarvari aura plus de difficulté à s’ajuster à ce changement. Après beaucoup de larmes et ces éternels maudits doutes («Est-ce vraiment une bonne chose ?», «Avons-nous pris la bonne décision ?»), c’est le retour à Gênes afin d’entamer cette nouvelle existence si attendue et si espérée, à trois désormais.

Métaphores graphiques ambitieuses et référencées (le chat-bus d’Hayao Miyazaki est immanquable), différentes réflexions plus ou moins pertinentes sur l’aéronautique et la situation socio-économique de Bombay, Ferraris n’a pas oublié d’emballer et d’enrichir son propos. Toutes ces informations ne sont pas d’un intérêt crucial, surtout vis-à-vis de l’expérience qu’il est en train de vivre, mais elles donnent néanmoins une certaine ampleur ou consistance à la narration. Le résultat est un récit rempli d’amour et de sincérité, quoiqu’un peu trop personnel ou auto-centré par moments.

Une belle histoire vraie, agréablement racontée et mise en images, Le bourdonnement d’un moustique est une lecture immensément humaine ne cachant rien des défis posés par l’adoption à l'international.

Par A. Perroud

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