Chronique : Le jardin secret -2- Seconde partie (Dargaud)

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D epuis qu’elle passe du temps dans le jardin du manoir des Craven, Mary a beaucoup changé. Désormais enjouée et pleine de vie, elle abreuve son cousin du récit de ses escapades fabuleuses. Cloué au lit à cause de son état maladif, Colin y trouve une source d’évasion, mais cela n’apaise pas ses tourments. Perclus de solitude, toujours colérique et terrorisant les domestiques, il est persuadé de sa mort prochaine. Afin de le sortir de ce marasme, Mary décide d’amener la nature dans la chambre du reclus. Pour cela, elle peut compter sur la complicité de son ami Dickon et l’arrivée du printemps. Ce sera là un premier pas vers la guérison.

La première partie du Jardin secret n’avait pas manqué de retenir l’attention des bédéphiles, notamment grâce aux illustrations pleines de charme de Maud Begon. Loin d’être en reste, ce second volet confirme toutes les qualités de cette adaptation du roman éponyme de Frances H. Burnett. La partition graphique est un régal : la saison printanière s’y expose gaiement. La verdure des fourrés et les fleurs fraîchement écloses envahissent les planches de leurs branches, tiges et pétales entrelacés, en baignant les cases d’un joyeux panel de couleurs tendres. L’hymne au renouveau se prolonge à travers la présence des animaux : volatiles affairés à construire leur nid, mignon agneau nouveau-né ou renardeau facétieux. Les scènes en intérieur se montrent également réussies, plus intimes, chargées du poids de la réclusion, elles s’ouvrent progressivement et s’éclaircissent.

Le scénario, quant à lui, est habilement mené. À travers cinq derniers chapitres, l’autrice dépeint avec force le mal-être de Colin, ses peurs et ce désarroi qui vibre derrière ses accès de colère. Elle dévoile les non-dits, le poids des préjugés et des fausses croyances qui touchent tant le garçon que les serviteurs ou son propre père. Le traumatisme lié à la naissance de l’enfant et au décès simultané de sa mère est abordé avec ce qu’il faut de justesse, tandis que le deuil interminable imposé à la maisonnée par l’oncle Craven se profile au fil des pages. L’optimisme l’emporte néanmoins au final, porté par la pétillante Mary, dont le caractère, pour s’être amélioré, n’en demeure pas moins piquant. Les personnages secondaires sont également parfaitement campés, notamment Dickon – véritable guide – et sa sœur Martha, témoin privilégiée des changements et confidente.

Joliment illustré et porteur d'un message d'espoir touchant, ce deuxième tome clôt fort agréablement un diptyque délicat et enchanteur.

Lire la chronique du tome 1.

Par M. Natali

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