Chronique : Love me please - Love me please - Une histoire de Janis Joplin (1943-1970) (Marabout)

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«On stage I make love to twenty five thousand people; and then I go home alone.»

Icône du Summer of love et fruit ultime de la contre-culture des années soixante, Janis Joplin a étincelé et ébloui la planète le temps d’une chanson et, ayant consommé toute son énergie disponible, s’est éteinte aussi violemment qu’elle a vécu. Drame classique de la célébrité et de ses pièges ou, plutôt, résultat tragique d’une longue lutte désespérée afin de tenter de réconcilier une certaine idée de la liberté avec un monde refusant de changer pour de bon ?

Née à Port Arthur au Texas en 1943, Janis a toujours été une forte tête dotée d’un esprit créatif sur-développé. Très jeune, elle entre en conflit frontal avec sa mère. L’existence conservatrice et respectueuse des règles sociales en vigueur à laquelle elle est promise lui font peur et la révulse. Elle sera artiste et rien d’autre ! L’odeur sulfureuse des Beatniks plane encore sur les USA, celle-ci la fera évidemment échouer à San Francisco, au moment où le Flower Power commence à s’épanouir. En 1967, le festival pop de Monterey la met sur la carte et elle devient une star. Il lui reste trois ans à vivre, elle ne le sait pas évidemment. L’alcool et les drogues, couplés à une vie amoureuse compliquée, se joignent à la fête, le mélange lui sera fatal. Cependant, ce court laps de temps suffira à faire d’elle une légende.

Biographie ultra-détaillée, Love me please retrace méticuleusement la trajectoire fulgurante de la chanteuse de Big Brother and the Holding Company. L’ouvrage s’en tient aux faits et dresse un portrait des plus probants. Tour-à-tour facétieuse, butée et immensément fragile, les différentes étapes clefs de la si courte existence de cette jeune femme hors du commun défilent chronologiquement. La distribution est évidemment impressionnante, puisque tout ce qui compte de célébrités de l’époque ont croisé, le temps d’un set ou d’une folle nuit de débauche, la reine de la soul psychédélique.

Emballant le tout, la mise en scène est à l’image de son sujet : elle s’échappe des cadres et varie librement d’une page à l’autre ; comme son héroïne, elle vit et profite au maximum. Dommage que le trait très doux, presque étouffé, de Christopher peine parfois à rendre toute la fougue et l’énergie de cette personnalité si explosive, spécialement pendant les nombreux concerts. Les couleurs finement posées de Mathieu Degreff sont à signaler. Alors qu’il aurait pu être tenté de jouer avec les dérives chromatiques habituellement associées au mouvement hippy, il a préféré prendre du recul et utiliser des tons « réalistes », ancrant ainsi la narration dans un quotidien tangible et loin des clichés habituels.

Complet, sans fard, mais pas sans paillettes, Love me please est un biopic solide, prenant et finement documenté. Pas de Cheap Thrills ici !

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