Chronique : Monsieur Vadim -2- Supplément frites et sulfateuse (Bamboo Édition)

Il y a 3 mois 82

« La vieillesse est un naufrage. »
Vadim Koczinsky espérait une retraite paisible, mais le destin s’y oppose. Après le décès de sa fille, son gendre, un proxénète, interdit au grand-père de voir son petit-fils. Puis, victime d’un escroc, il n’a plus un euro en poche. Bref, rien ne va plus. Le vieillard, un ancien tireur d’élite de la Légion étrangère, n’est toutefois pas sans ressources. La fin justifiant les moyens, il peut même rendre service à un caïd du crime organisé. Pour le vétéran, il y a là une forme de renaissance.

Scénarisé par Gihef, Supplément frites et sulfateuses conclut les aventures de Monsieur Vadim. Le protagoniste rappelle l’anticonformisme des sacripants des Vieux fourneaux, à cette différence qu’il est passablement moins idéaliste que les anarchistes de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet. Dans ce récit humoristique, l’auteur présente un personnage attachant ; un peu à côté de ses pompes, il ne maîtrise pas tous les codes… à moins qu’il les comprenne parfaitement et qu’il cache son jeu pour en tirer avantage. La toile de fond demeure plutôt classique : deux gangs s’affrontent alors que les policiers font leur possible pour que les choses ne dégénèrent pas à l’excès. Le cœur du projet est cependant ailleurs, puisqu’il s’agit avant tout d’une histoire de respect et de dignité.

Morgann Tanco aime visiblement le Midi. Après avoir illustré les quatre volets des Souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol, il renoue avec cette région qu’il dessine joliment, sans pour autant tomber dans le piège de la carte postale. Le polar constituant un genre hypercodifié, les starlettes apparaissent minces et mignonnes et les malfrats ont des mines toutes plus patibulaires les unes que les autres. Pour dire vrai, c’est très bien ainsi. L’humour passe beaucoup par le regard des acteurs qui surjouent la terreur, l’étonnement et, à l’occasion, l’ennui. Polyvalent, l’artiste se montre à l’aise pour mettre en images un paysage, une conversation ou une scène d’action, les trois cohabitant parfois dans une même planche. Mention à la belle couverture où le héros, entouré par les gendarmes, est capté en plongée alors qu’il regarde le lecteur droit dans les yeux. Ce dessin initial tranche nettement avec celui du premier tome où, traînant son cabas, le retraité paraissait accablé.

Un agréable divertissement qui devrait plaire aux amateurs des Tontons flingueurs et des nanars de Jean-Paul Belmondo. Et pourquoi pas à ceux des films de Bruce Willis où la brutalité est généralement teintée d’ironie.

Par J. Milette

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