Chronique : Sousbrouillard (Dargaud)

Il y a 2 mois 79

J uste un morceau de coton qui avait bien souffert, un petit bout de presque rien qui la relierait à pas grand-chose mais, après avoir perdu tante Fine, à quel indice pouvait-elle se raccrocher ? Alors Sara est montée dans ce bus et a pris la route sous une pluie diluvienne jusqu'à cette ville. Enfin, ce trou paumé : Sousbrouillard. Pourquoi cet endroit en particulier ? Parce que c'est le nom inscrit sur le bracelet en tissu accroché à son poignet de bébé lorsqu'elle a été trouvée dans un panier par une âme charitable. Et parce qu'il est temps pour elle de se lancer dans la quête de ses origines.

Après les excellents Le don de Rachel, L'astragale, Enferme-moi si tu peux et Serena, voici la nouvelle collaboration de Anne Caroline Pandolfo et Terkel Risberg.

Sousbrouillard est un récit choral où la voix de chaque personnage construit petit à petit une intrigue teintée de mystère avec, pour seul point de convergence, un accident de voiture dans lequel un jeune couple aurait perdu la vie. Riche, le scénario imbrique avec brio les destins bosselés de la nonne inventive, de la cantatrice adulée, de l'amoureux malheureux et ces autres qui ne voulaient que le bonheur. Tous se rejoignent dans un final étrange et beau, presque irréel. Que faut-il en retenir ? Il n'est pas simple d'aimer, ni d'être aimé(e). Cependant, le résultat des interactions entre les êtres peuvent être à l'origine de vraies réussites. Parler de soi amène des révélations qui créent des liaisons, chacun y trouve un écho qui résonne en lui, c'est le partage, la communauté, la famille. Et c'est avec regret que le lecteur tourne la dernière page, non sans avoir le sentiment d'avoir plongé dans une parenthèse enchantée en compagnie de gens qu'il aurait voulu mieux connaitre. Peut-être faut-il juste lever les yeux ?

Cette belle histoire est mise en images avec délicatesse grâce à un trait, tour à tour fin, hachuré ou charbonneux, selon qu'il souligne un regard, figure une averse ou dessine une chevelure. Les couleurs passées donnent une impression d'intemporalité, comme l'évocation des différentes époques relatées. Le style caricatural met en avant les expressions des visages, particulièrement au niveau des yeux ; deux ronds noirs dans un ovale blancs ou encore deux virgules allongées : si simples et pourtant tellement d'émotions partagées.

Un joli moment de grâce passé dans l'imaginaire d'un duo d'artistes aguerris et épatants.

Par L. Moeneclaey

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