Chronique : Tu ne tueras point (Le Lombard)

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Tu ne tueras point est une adaptation de dix récits radiophoniques de Christophe Hondelatte. Des crimes passionnels, des passages à l’acte prémédités, des suicides supposés, des petits malfrats malchanceux, le grand banditisme violent et surtout des enquêtes qui ne lèvent pas toujours le voile du mystère. L’album condense des faits divers bien franchouillards et absolument disparates. Bref, c’est arrivé près de chez nous et cela ne finit pas de désespérer quant à la nature humaine.

Jean-Louis Tripp est un auditeur fidèle de l’émission Hondelatte raconte diffusée sur Europe 1. Et il a manifesté, par l’entremise d’un ami, l’admiration qu’il porte aux affaires criminelles telles que le journaliste les conte. Ce dernier lui propose alors de faire vivre ces passionnantes chroniques sur papier glacé. Ignorant les particularismes du médium, l’homme de presse lui signe même un blanc-seing. Une aubaine !

Le coauteur de Magasin Général sélectionne ainsi des historiettes hétéroclites tout en excluant d’emblée les drames relevant de serial killers. Il opte pour de la Bd-documentaire et instaure une distance avec les événements par des didascalies évocatrices et sans jugement. Le scénariste se borne à essentialiser les circonstances en une poignée de pages et élude toutes sortes d’émotions. De prime abord, le lecteur peut légitimement redouter que la multiplication d’anecdotes dilue l’intérêt de l’ouvrage. Fort heureusement, c’est l’inverse qui se produit. Dans la diversité des homicides, les galeries variées permettent d’aborder en creux un pays et sa justice.

Cyril Doisneau soutient la neutralité de la narration par un graphisme sobre et non-caricatural. Le dessinateur évite de s’épancher sur les sentiments des mises en cause, renforçant l’objectivité des nouvelles. Pas de cadrages resserrés, pas de larmes, ni de regards qui en disent long. Son trait ouvert et synthétique est simplement complété de quelques hachures. Cette impartialité s’exprime également par la mise en couleur. L’artiste restreint sa palette à huit teintes, étalées et superposées par aplats. Douceâtre mais pas insipide !

Tu ne tueras point passionne, étonne et interroge tout en prenant à contre-pied l’une des caractéristiques essentielles de l’art séquentiel, à savoir la représentation du ressenti. Prudent, le livre n’en demeure pas moins captivant.

Par Y. Machado

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