les personnages de BD emblématiques en afrique subsaharienne

Il y a 3 mois 103

Matabaro. Rwanda.

C’est au Rwanda, en 1955, qu’est née l’une des plus anciennes séries de BD francophone du continent : Les Aventures de Matabaro dans la plus ancienne revue pour la jeunesse d’Afrique noire encore diffusée de nos jours, Hobe. Dès son premier numéro, Hobe contenait deux planches de Matabaro, déjà présent par intermittence dans un titre précédent, Cyabana, supplément jeunesse de Kinyamateka. Rudimentaire et simpliste, sans phylactères, systématiquement dessiné sur deux colonnes de cinq planches au début, Matabaro contait les aventures d’un jeune garçon espiègle et rusé (son nom signifie « le brave »).

Différents thèmes y sont abordés, tels l’enfance, la ville, le village, l’exode rural, le voyage, sur un ton moralisateur. Hobe contiendra d’autres séries, comme des pages de BD religieuses, avec en particulier Wopsi, un ange blanc, mais aussi des BD éducatives sur le code de la route puis après le génocide de 1994, des planches rappelant le patriotisme, la fraternité, l’unité. De l’aveu même des responsables du journal, la BD était la rubrique la plus lue du magazine. Matabaro sera publié pendant quelque temps en simultané dans Kinyamateka et Hobe avant de « s’installer » définitivement dans ce dernier titre. La série durera au moins jusque dans les années 70 et connaîtra plusieurs auteurs. Les premiers, actifs lors des premiers épisodes, sont Pivet – il dessinera le personnage jusqu’à l’indépendance en 1962 – et le scénariste Bonaventure Mbula, un « congolais rwandophone », à l’époque étudiant au grand séminaire du Rwanda [1].

Mbumbulu. Congo belge.

A Léopoldville, grâce au soutien du Fonds du Bien Être Indigène, le magazine Nos images fait paraître à partir de 1948, en quatre langues (lingala, swahili, kikongo et chiluba), Les Aventures de Mbumbulu, la première série dessinée de l’histoire du Congo. Elle est le fruit du talent d’un religieux belge, le frère Marc Wallenda (pseud. Masta). Les Aventures de Mbumbulu [2] sont tout d’abord destinées à apprendre aux indigènes « à rester à leur place » et à se comporter en société de façon « civilisée ». Chaque histoire se termine par une phrase souvent moralisatrice. En 1956, paraît le premier album édité sur le sol Congolais, Les 100 aventures de la famille Mbumbulu, recueil diffusé à 100 000 exemplaires.

Juha Kalulu. Tanzanie.

À partir du 18 mai 1955, la revue Tazama édite l’une des plus longues séries graphiques jamais publiée en Afrique : Juha Kalulu [Le lièvre stupide], série de strips en langue swahili d’Edward Gicheri Gitau, né en 1930. Il choisit de dessiner les aventures d’un homme un peu stupide qu’il nomme Juha Kalulu. Celui-ci aime dormir, n’est jamais bien habillé, manque toujours d’argent et place toujours ses amis dans l’embarras. Il est marié à Seera qui semble « porter la culotte ». Le couple a un fils, Ujimoto (porridge chaud) et si Kalulu et Seera ne semblent jamais vieillir, Ujimoto, lui, grandit au fil des épisodes et des années. La série a fait l’objet de parutions quotidiennes dans Taifa Leo et Taifa Jumapili jusqu’en 2016, année de la mort de Gitau.

Mayélé. RDC.

Durant l’année 1964, le magazine lushois Mwana shaba sort une version destinée à la jeunesse, Mwana shaba junior. Cette revue, prise en charge par la Gécamines et distribuée gratuitement dans les écoles, tirera jusqu’à 35 000 exemplaires. Dès l’année suivante, elle publie Mayele (« malin » en swahili), série humoristique en une planche qui amusera toute une génération de lecteurs jusqu’en 1992. Deux ingénieurs belges sont à l’origine de Mayele : Theo Roosen imagine le personnage et écrit ses mésaventures, Paul Baeke le dessine.

Fin 1966, les deux auteurs sont victimes de la « zaïrianisation » de leur société. Theo Roosen étant près de la fin de sa carrière et Paul Baeke en congé, ils ne retournent pas au Katanga. Face à la demande des lecteurs, Paul Baeke, contacté, reprend le crayon depuis la Belgique. Mukiny Nkemba succède aux deux créateurs en 1987. La longévité du personnage en fait la série la plus longue de l’histoire de la BD congolaise.

Madam & Eve. Afrique du sud.

La première série sud-africaine à avoir été adaptée en français est la série Madame et Eve, gros succès local avec 30 000 ventes dans un pays où un best-seller atteint péniblement les 7 000 exemplaires. Publiée sous la forme de bandes quotidiennes dans 13 journaux du pays, ainsi que dans 16 magazines à l’étranger, cette série humoristique est le miroir à peine déformant des relations entre blancs et noirs, symbolisés par une « maid » (nommée Eve Sisulu) et sa patronne, bourgeoise blanche à collier de perles (Gwen Anderson). Les 12 albums originaux ont été compilés en six par Vent d’Ouest entre 1997 et 2000 avec un certain succès critique et public, malgré son univers plus proche des comics anglo-saxons que de la BD franco-belge.
En dehors du talent des auteurs (Stephen Francis, Harry Dugmore et Rico Scharchel) et de sa justesse d’analyse, Madame & Eve devait également son succès au contexte politique et au regain d’intérêt en France dans les années 90 envers la nation arc-en-ciel post-apartheid. Cette série, emblématique de la période de transition du début des années 90, se faisait remarquer par un ton caustique que l’on peut expliquer par l’origine des auteurs (Scharchel est né autrichien, Francis, américain, Dugmore est né au Botswana). De nos jours, le trio continue à publier quotidiennement des strips édités dans des recueils annuels. Dans un pays où la bande dessinée et le dessin de presse sont « racialisés », Madam & Eve était la première série à casser les codes en s’adressant à tout le monde à travers la mise en scène des relations entre blancs et noirs. Par son format de quatre cases se terminant automatiquement par une chute humoristique, son décor minimaliste, son style graphique épuré, Madame & Eve illustre les rapports étroits qu’entretient le 9ème art sud-africain avec le dessin humoristique.

Yirmaoga. Burkina Faso.

Créée par Raya Sawadogo, la série des Yirmaoga a été publiée dans les années 80 à compte d’auteur, sous forme de petits livrets de volume variable écrits en français populaire. Elle relate les mésaventures en ville d’un paysan maoga, un faux naïf qui fait et dit des bêtises toujours bien senties et dont les sanctions apparaissent comme des leçons de vie. Ces petits récits comiques sont faciles à lire et, surtout, à raconter.

Au départ, Yirmaoga critiquait la vie quotidienne sans faire référence à la politique : Yirmaoga au petit coin traite de la prostitution, L’Homme trompair évoque le maraboutage, Opital, le milieu hospitalier… Par la suite, Yirmaoga traitera de situations nées de l’application de nouvelles mesures politiques : Le Salaire vital s’inspire d’une décision du gouvernement de verser une partie du salaire du mari aux épouses, Loyer 86, Cado ou pas cado retrace les conflits entre locataires et propriétaires et Yirmaoga aux IPR montre du doigt la justice.

Zoba Moke. Congo.

Créé en 1993 par Adolphe Cissé Mayambi dans La Semaine africaine, un hebdomadaire catholique, Zoba Moke (Petit idiot) est un Congolais qui passe son temps dans la rue, aborde des questions sociales et parle, malgré sa naïveté, de choses sérieuses. Chaque jeudi, en page 16 du journal, Zoba Moke et son comparse anonyme évoquent avec un humour involontaire les problèmes qui se posent à la société congolaise d’après-guerre, entre autres les difficultés de la presse, de l’école publique, les inondations, les milices, le ramassage des armes, les salaires impayés des fonctionnaires, les érosions, les coupures de courant électrique, les exactions militaires, les pillages, etc. Après le départ de Cissé Mayambi, Teddy Lokoka prendra sa suite, remplacé à son tour en 2004 par Bring de Bang.

Mata-mata et Pili-pili. RDC.

À l’époque coloniale, Mata-mata et Pili-pili était une série de courts-métrages comiques muets. Mata-mata était un balourd légèrement prétentieux, mais extrêmement sympathique. Les titres rappellent les séries de Laurel et Hardy : Matamata policier, Matamata à l’école, Sois poli, Matamata, Matamata s’engage. En 1972, Mongo Sisé en fait les héros d’une série picaresque hilarante.

Trois histoires sont publiées dans le magazine Zaïre jusqu’en 1975 : Le Chèque, La Médaille d’or et La Poudre de chasse. En 1978, les deux héros font l’objet du premier album congolais : Le Portefeuille, que suivra Le Boy en 1982. En 1980, le duo fera même l’objet d’une apparition de quatre pages dans Spirou. En 2012, quatre ans après la mort de Sisé, un inédit est publié chez L’Harmattan BD : Mokanda illusion.

Apolosa. RDC.

Dessiné par Denis Boyau Loyongo (décédé en 2020) et Lepa Mabila Saye, Apolosa fut l’un des héros principaux de la revue Jeunes pour jeunes, active entre 1968 et 1978. S’exprimant en hindubill, un argot à base de lingala truffé d’américanismes ainsi que de mots français détournés de façon ironique, le colosse au grand cœur Apolosa est une sorte de shérif kinois qui ramène à l’ordre les têtes brûlées et autres perturbateurs. Tout au long de sa carrière, il aura essayé tous les métiers (footballeur, cycliste, policier, boxeur, enseignant). Il restera comme l’un des héros les plus populaires de la BD congolaise.

Mohuta et Mapeka. RDC.

Créés par Barly Baruti, Mohuta et Mapeka symbolisent les deux facettes du Congo : le naïf provincial prône les valeurs traditionnelles tandis que le citadin, lui, se croit plus malin. Leurs aventures ont bercé toute une génération de jeunes lecteurs du continent. Ils sont nés en 1983 dans la revue Calao, distribuée dans plus de vingt pays africains. En 1987, Baruti sort La Voiture, c’est l’aventure, qui reste l’unique album du duo. En 1990, il proposera à nouveau des planches de Mohuta et Mapeka dans la revue AfroBD.

Dago. Côte d’Ivoire.

Né le 18 mars 1973 dans Ivoire-Dimanche et première série ivoirienne, Dago, paysan court et trapu, vêtu d’une culotte, d’un pagne et d’un parapluie, parcourt Abidjan sans jamais s’intégrer. Témoin d’une époque, cette œuvre d’Appollo (scénario) et Maïga aux dessins (Laurent Lalo) introduisait pour la première fois le français populaire dans un journal. Le succès ne se démentira pas jusqu’en 1977. Dago sera même le personnage principal de nombreuses campagnes de publicité ainsi que d’un album en 1973.

Monsieur Zézé. Côte d’Ivoire.

C’est en octobre 1978 que Lacombe sort Monsieur Zézé dans Ivoire Dimanche. Le succès est immédiat. « Avec son vieux chapeau mou, sa chemise rayée et ses bretelles, "Monsieur Zézé" devient rapidement le représentant pittoresque du petit peuple d’Abidjan [3] » La série ne fut pas sans créer des polémiques. Le héros de Lacombe est un parasite sans emploi qui a pour devise « Paresse – naïveté – gentillesse ». Diégou Bailly y observe également autre chose : « Toute l’œuvre s’attache, à travers ses divers épisodes, à magnifier les faits et les gestes des expatriés européens, pendant qu’elle présente invariablement le “petit peuple” de Côte d’Ivoire en situation de perpétuel quémandeur [4] ». L’aventure dura dix ans au total pour ce personnage en déphasage avec la vie citadine. Monsieur Zézé fera l’objet de trois albums chez Achka (Gabon) en 1990 : Ça, c’est fort !, Ça gaze bien bon ! et Opération coup de poing.

Cauphy Gombo. Côte d’Ivoire.

Créé en 1999 par Lassane Zohoré, Cauphy Gombo est un businessman véreux allant d’échec en échec. Toujours à l’affût d’un bon coup, se voulant impitoyable et sans scrupule, sa devise est « No pitié in bizness ! » Malgré toutes ses tentatives pour gagner de l’argent, il ne récolte finalement que des miettes, pour le plus grand bonheur des lecteurs. Cauphy Gombo compte un album, paru en 2003 : No pitié in bizness ! Repris dès 1999 par Willy Zekid, également animés par Miezan, Flétcho et Serayé, Cauphy Gombo est à nouveau dessiné par Zekid. Il a été adapté à la télévision ainsi que sur disque.

Tékoué. Centrafrique.

Personnage dessiné par Come Mbringa sur des scénarios d’Éloi Ngalou et Olivier Bakouta-Batakpa, Jules Tékoué est un intellectuel ivrogne, paresseux et malhonnête mais sympathique. Il est le témoin de la société centrafricaine et en incarne tous les vices. Unique personnage de la revue BD Tatara, lancée en 1983, Tékoué est l’anti-modèle, celui qu’il ne faut pas imiter. La conclusion de chaque histoire l’oblige à tirer les leçons de ses mésaventures. Les thèmes des premiers numéros illustrent parfaitement cette volonté moralisatrice puisque sont abordés l’alcoolisme, l’exode rural, la corruption, l’oisiveté ou le népotisme. Tatara sera interdit au bout de 12 numéros par les autorités.

Goorgoorlou. Sénégal.

Goorgoorlou est LE personnage mythique de la BD sénégalaise. Créé par TT Fons (Alphonse Mendy) dans le journal satirique Le Cafard Libéré en 1989 et totalisant plus de 8 000 planches, Goorgoorlou connaît un grand succès populaire dès ses débuts, les Sénégalais se retrouvant complètement dans le quotidien de ce personnage fait de débrouille fondée sur sa volonté permanente de pallier sa DQ (Dépense Quotidienne). Neuf albums sortiront, imprimés à 5 000 exemplaires entre 1991 et 2001. Signalons un recueil en italien, édité par Lai-momo en 2008 : Goorgoorlou, un eroe Senegalese. En 2002, TT Fons a sorti un journal centré autour de son personnage, Goor Mag (7 numéros). Goorgoorlou a également fait l’objet d’adaptations télévisées entre 2003 et 2012.

Boy Melakh. Sénégal.

Créé en 1984 par Samba Fall dans le quotidien Le Soleil, Boy Melakh est le héros d’une série BD policière, humoristique et de couleur locale, truffée d’expressions en argot, racontant les péripéties d’une sorte de jeune Robin des Bois qui vole aux riches pour donner aux pauvres. Relatés par Aziz, le reporter (titre de la série), ses exploits permettaient de venger les faibles des injustices qu’ils subissaient de la part de gens importants. En 1989, Samba Fall publie aux Nouvelles Éditions Africaines L’Ombre de Boy Melakh et Sangomar, les deux premiers tomes des Aventures d’Aziz le reporter, qui reprennent une partie des aventures éditées dans le journal.

Tita Abessolo. Gabon.

Créé par Laurent Levigot en 1984 dans L’Union, Tita Abessolo est un vieux villageois farfelu doté de bon sens, qui accompagnera le quotidien des lecteurs gabonais durant six années. Ce petit vieillard, grâce auquel l’auteur nous offre un regard gentiment satirique sur une société partagée entre modernité et coutume, sera édité sous forme d’album par Achka en 1989 (Tita Abessolo, le villageois).

Aya de Yopougon. Côte d’Ivoire.

Racontant les aventures de jeunes filles du quartier de Yopougon dans les années 70, sur le ton d’une sitcom graphique, Aya de Yopougon est la première série se déroulant en Afrique qui (dès le premier tome) rencontre autant de succès. Dessinée par le Français Clément Oubrerie et scénarisée par l’Ivoirienne Marguerite Abouet, la série remporte même le prix du premier album au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême 2006. Entre 2005 et 2010, six tomes sont publiés, traduits en plusieurs langues. Parallèlement, une édition pour l’Afrique est lancée avec succès. Un dessin animé est sorti en 2013. Plus de 300 000 exemplaires ont été vendus pour l’ensemble de la série.

Ébène Duta. Cameroun.

De 2011 jusqu’à aujourd’hui, Elyon’s (Joëlle Ebongué) a publié plusieurs centaines d’épisodes humoristiques d’une planche, sur la page Facebook La Vie d’Ébène Duta, Elle y raconte le quotidien de sa jeune héroïne africaine vivant en Europe et confrontée aux quiproquos, aux différences culturelles et aux difficultés affectives que rencontrent les jeunes filles de notre époque. Suivie par plus de 18 000 abonnés, cette série très multiculturelle a été déclinée en trois albums entre 2014 et 2017. Le premier tome a été publié grâce à un site de financement participatif – une première en Afrique francophone – qui lui a assuré une mise de départ de 15 000 € pour un tirage de 3000 exemplaires.

Akissi. Côte d’Ivoire.

Sorte de petite sœur d’Aya de Yopougon, Akissi est une gamine qui vit à Abidjan et à qui il arrive tout un tas d’aventures. Scénarisée par Marguerite Abouet et dessinée par Mathieu Sapin, cette série, qui s’adresse plutôt à de jeunes lecteurs, compte dix tomes et est diffusé sur le continent via la revue africaine pour la jeunesse Planète j’aime lire.

Eva K. RDC.

Afin de cambrioler un train transportant une collection de statuettes de grande valeur, une mystérieuse organisation décide de réunir une équipe de spécialistes. Évariste Kassaï est « exfiltré » du pénitencier où il purge une longue peine pour délit politique afin de devenir le futur cerveau de ce casse. Le coup réussit mais la suite n’est que trahisons, bagarres, chantage et violences, tout ceci dans une république d’Afrique où la corruption va bon train. Dessinée par Barly Baruti, scénarisée par Franck Giroux entre 1995 et 1998, Eva K. constitue la première série produite par un éditeur européen et dessinée par un Africain.

Kouakou. France / Afrique.

Intelligent, généreux et drôle, Kouakou est un être positif qui fit rêver des millions de jeunes lecteurs du continent. Ce jeune héros africain a vécu ses aventures au sein du journal du même nom de 1966 à 1998. Destiné aux jeunes de 8 à 12 ans, Kouakou était distribué gratuitement dans les écoles d’Afrique avec le soutien du Ministère français de la Coopération. Distribué jusqu’à 400 000 exemplaires, Kouakou fut souvent le premier contact avec la BD pour une génération d’Africains. Le héros était entouré de plusieurs amis : l’intellectuel Koffi, la fillette subtile Adama, le gaffeur maladroit Jomo, la fille un peu craintive Fatou, l’instituteur amical et pédagogue, l’ancien débonnaire et sage, Papa Mangan… Le journal dura 32 années et 187 numéros sous la plume de divers auteurs français : Morchoisne, Serge Saint-Michel, Bernard Dufossé, Claude-Henri Juillard…

Takef. Congo.

Dessiné et scénarisé par le Congolais Willy Zekid, Takef est né en 2002 dans le No.66 de la revue Planète jeunes. Takef est un jeune garçon, à l’orée de l’adolescence, qui essaie sans succès d’obtenir l’attention de Tinée, la jeune fille qu’il convoite. Jamais il n’y parvient, malgré les stratagèmes qu’il imagine, des plus ingénieux aux plus loufoques. Takef a fait l’objet de deux hors-séries.

Benandro. Madagascar.

Benandro est le personnage le plus populaire de la BD malgache. Né en 1983 aux éditions Horaka, de la plume de Richard Rabesandratana dans la revue éponyme, Benandro connaîtra un succès énorme auprès du public et se vendra à plusieurs milliers d’exemplaires. Le nom de Benandro est tiré d’un conte malgache bien que l’histoire se passe dans le quotidien actuel de Madagascar. La série porte sur la vie de deux jeunes étudiants en polytechnique : Benandro et Mena. Pratiquant les arts martiaux, ils vont être confrontés involontairement aux dalaho (voleurs de grand chemin). De leur affrontement naîtra une série d’aventures pour les deux héros.

Comme pour l’ensemble de la BD locale, la série s’arrêtera en 1992 après une quarantaine de numéros. Benandro reviendra en 2004 en français dans la revue Faka lancée par Rabesandratana, qui durera deux numéros. A partir de 2011, des planches de Benandro sont publiées quotidiennement dans Le Courrier de Madagascar. La série compte au total plus de 5 200 planches.

Bao. Mayotte.

A partir de 1986, Vincent Lietar publie pendant 30 ans une planche hebdomadaire dans différents journaux de Mayotte avec comme personnage central un petit garçon nommé Bao, qui commente l’actualité avec humour. Tee-shirt, guide, agendas, calendrier, cartes de vœux, méthodes de lecture, les supports sur lesquels s’illustrent ce personnage malicieux en ont fait une figure emblématique de ce territoire. Vincent Lietar a publié en 1991 Bao, l’enfant heureux – aujourd’hui épuisé – et en 2011, En attendant le département. Mais si ce petit personnage est fortement sympathique à tous, il n’en joue pas moins un rôle de révélateur des problèmes sociaux liés à la modernisation galopante. Dans Bao, l’actualité locale est commentée avec humour et tendresse, sans méchanceté apparente, mais avec un bon sens ingénu dans lequel se reconnaît la population. En réalité, Vincent Lietar n’aborde que rarement les problèmes de front, et préfère passer par un biais souvent très pragmatique. Par exemple, l’immigration comorienne à Mayotte sera abordée sous l’angle de la salubrité, des infrastructures ou de l’habitat, mais jamais en dénonçant directement la politique migratoire gouvernementale. D’autres nombreux exemples (Lietar a dessiné plus de 1 500 planches) illustrent cet humour caustique gentiment dénonciateur.

Sam Monfang. Cameroun.

Le 9e art camerounais commence avec les aventures de Sam Monfong, l’intrépide policier, apparu en 1974 sous la forme d’un strip dans La Gazette, signé par Thomas Kiti. Celui-ci fera paraître 6 numéros de la revue Sam Monfong magazine entre 1981 et 1985 (cinq publications) puis en 1992 (une), avant de faire un hors-série de commande en 1999 pour la société Camlait.

Supa Strikas. Afrique du sud.

Distribuée dans 16 pays à près d’1,5 millions d’exemplaires pour 120 numéros, Supa Strikas met en scène l’une des meilleures équipes de football du monde, Supa Strikas donc, et sa quête pour gagner la Super Ligue. S’appuyant sur un groupe emmené par leur buteur, Shakes (qui s’appelait au départ Shegun Okoro) et El Matador, Supa Striksa affronte les meilleures équipes du monde : FC Barka, Invicible United, etc. soigneusement choisies par la franchise en fonction des pays où la série était diffusée.

Créée au Nigéria au départ, la série fut par la suite achetée par un investisseur sud-africain, Johannes Chabane Matsindi, qui lui permit de se développer en Afrique australe en la transformant en franchise (ce qui explique qu’il n’y ait pas réellement d’auteurs identifiables). Ce ne sont pas tant les ventes qui font le succès de Supa Strikas que le fait de servir de campagne publicitaire à chaque numéro. Chaque épisode de la série est soutenu par un sponsor qui y voit une occasion – au vu de sa popularité – de toucher la jeune génération. Chevron fut longtemps le principal, avant d’être rejoint par GTB, Visa, Nike, Texaco. En 2009, Supa Strikas a été adapté en série animée.

N’tori Palan. Guinée Bissau.

Créé par les frères jumeaux Manuel et Fernando Julio (né en 1957) en 2003, N’tori Palan met en scène un personnage égrillard et fripon. La série est aussi une sorte de chronique fictionnelle du quotidien mais également des évènements phares qui jalonnent la vie sociale, économique, politique et culturelle de la Guinée-Bissau. Elle compte plusieurs titres dont les thèmes sont très représentatifs de la vie quotidienne à Bissau, comme dans Na marcha Mansoa-Bissau où c’est pour gagner un prix de cinq bidons de vin de cajou et de quatre-vingts chats que les jumeaux se lancent dans une grande course à pied et en pirogue.

Kwezi. Afrique du sud.

Créé par Loyizo Mkize en 2014, premier super-héros sud-africain, Kwezi – « étoile » en xhosa et en zoulou – est un jeune homme de 19 ans, débrouillard, ultra-branché et obsédé par sa popularité sur les réseaux sociaux. Mais les pouvoirs surnaturels dont il est doté vont conduire le jeune Kwezi dans une quête identitaire à travers Gold City, double de Johannesburg. Les dialogues sont mâtinés d’expressions typiques de la culture populaire sud-africaine. L’ambition de l’auteur était de créer un super-héros « qui parle et pense comme un Sud-Africain ».

Quelques autres héros qui auraient mérité que l’on parle d’eux : Papou, Jo’Bleck, Tommy Lapoasse, Sergent Deutogo, Gnamankoudji Zekinan, John Koutoukou (Côte d’Ivoire), Tonton Skol, Kikwata, Sinatra, Coco et Didi, Erol (RDC), Monsieur Soya, Bibeng (Gabon), Petit piment (Congo) ou encore Kazibure (Tanzanie), sans oublier les superhéros Sao (Congo belge), Kaptain Afrika (Nigéria), Akokhan (Kenya), etc.

Les différents personnages sélectionnés dans cet article dessinent en creux une bande dessinée d’Afrique désireuse de rendre compte des spécificités des pays dont les auteurs sont issus. Grâce à eux, depuis plus de 60 ans, de jeunes lecteurs africains se construisent un imaginaire connecté à leur environnement immédiat. Dans un art importé où les auteurs cités ont souvent joué – bien malgré eux – un rôle de précurseur dans leur pays, ce constat est à souligner.

Christophe Cassiau-Haurie

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