Chronique : 11 septembre 2001, le jour où le monde a basculé (Dargaud / TOPO)

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S eptembre 2021, Juliette se rend à New York. Elle se souvient des actes terroristes commis au début du millénaire et de leurs répercussions sur la géopolitique mondiale (guerres en Afghanistan et en Irak, essor de l’État islamique et attentats dans plusieurs villes d’Europe) et sur les gens (solidarité, peur et xénophobie). Mais surtout, elle se rappelle une adolescente, collée devant la télévision, tentant de trouver un sens à tout cela.

Le journaliste Baptiste Bouthier propose un bon rappel des événements. Pour bien cerner la problématique, il tend le micro aux badauds, aux pompiers, aux représentants des médias, aux politiques… et à une jeune Française. Le lecteur lambda n’apprendra tout de même pas grand-chose dans cet ouvrage. La tragédie demeure archiconnue ; tout le monde a vu cent fois les avions percutant les tours et pris connaissance de la riposte américaine dont les conséquences perdurent. C’est tout le reste qui attend d’être éclairé.

Il aurait été judicieux de s’attarder davantage aux enjeux sociopolitiques ayant conduit dix-neuf hommes à se sacrifier. Le reporter aurait pu se pencher sur le transfert d’influence d’une Al-Quaïda structurée à une Daesh décentralisée ou aux contrecoups que le Patriot Act et autres plans Vigipirate ont sur les libertés individuelles (notamment à la lumière des révélations d’Edward Snowden). Ces questions sont à peine effleurées, alors qu’il y a beaucoup à dire sur ces sujets moins abondamment discutés. Et pourquoi ne pas s’en tenir à la perte de l’innocence d’une collégienne qui, après avoir découvert la terreur s’abattant sur la « grosse pomme », constate qu’elle s’est déplacée tout près de chez elle, à Paris, Bruxelles et Nice, pour n’évoquer que les actions les plus meurtrières?

Au dessin, Héloïse Chochois adopte une démarche avec laquelle les abonnés de la Revue dessinée sont familiers. L’artiste se met au service du reportage en privilégiant un ton sobre, donnant ainsi toute la place au propos. Son iconographie est toujours juste ; bien qu’elle n’insiste pas sur la détresse et la destruction, elle réussit à transposer l’émotion en images.

Paraît-il que « Qui trop embrasse mal étreint ». 11 septembre 2001, le jour où le monde a basculé ratisse en effet très large et revient sur des faits que personne n’a oubliés. L’album aurait gagné à délaisser un angle généraliste pour se concentrer sur un ou quelques aspects et présenter des informations méconnues ou encore à établir des relations de cause à effet ignorées. Cela dit, la synthèse est intéressante et le livre se lit facilement.

Par J. Milette

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