Chronique : Bob Morane 12 (Soleil) -1- Les 100 Démons de l'Ombre Jaune (Soleil Productions)

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Et soudain surgit face au vent le vrai héros de tous les temps...

Que dire de plus ? En quelques mots, Nicola Sirkis capturait l'essence de Bob Morane : un aventurier au sens littéral qui bourlingue depuis plus de deux cents romans signés (mais pas tous écrits) par Henri Vernes, un film perdu, une série télévisée vintage, des dessins animés et des dizaines de bandes dessinées parues depuis 1959 sous divers dessinateurs, depuis Dino Attanasio jusqu'à cette nouvelle résurrection sous la plume de Éric Corbeyran, Christophe Bec et Paolo Grella.

Après une renaissance qui n'aura pas convaincu le créateur originel, voici une reprise qui se veut cette fois plus fidèle. Cette version situe son action en 1954, clin d'œil à l'année de parution de La vallée infernale) et reprend la maquette, le physique et la coupe de cheveux popularisée par William Vance, dont la représentation s'est imposée comme canon en la matière. Et tant pis si la coiffure ne semble pas tout à fait en accord avec les standards capillaires des années cinquante.

Il ne s'agit pas d'être irréprochable du point de vue documentaire, mais de respecter la promesse qui était faite avec chaque nouveau titre : de l'aventure. Cette série s'est toujours démarquée par la grande variété de ses intrigues. Elle ne s'est jamais cantonnée à un seul genre. Elle alterne sans complexes intrigues exotiques, espionnage, fantastique plus ou moins débridé et science-fiction. Cela induit une grande liberté de création et permet d'adapter le concept à tous les styles et toutes les époques. Se pose alors la question de la pertinence de cette énième relance. Les dernières livraisons de Coria, dans la continuité directe du travail de Vance, se vendaient de moins en moins. Le reboot de Brunschwig et Armand a été rapidement annulé, jugé trop éloigné de l'univers original. A qui pourrait s'adresser Bob Morane de nos jours ? Quel public faut-il viser ? Si la marque reste vivace, la cible semble plus délicate à identifier.

La nouvelle équipe a pris le choix de la sécurité. Graphiquement, elle s'inscrit dans une mise en images classique, qui intègre un peu plus de dynamisme sans pour autant renier l'héritage des années septante. Le scénario repose également sur des bases solides et éprouvées, même s'il emprunte parfois un tour plus sanglant qu'à l'accoutumée. L'histoire aligne des éléments attendus, à commencer par convoquer, et ce dès le titre, l'Ombre Jaune, Némésis du Commandant Morane. Rien de neuf sous le soleil, si ce n'est un sentiment de trop-plein. Tant d'éléments s'entrechoquent dans ce récit qu'il finit par ressembler à une fuite en avant, ne laissant pas le temps d'installer quoi que ce soit. Comme si un mystère dans la jungle ne suffisait pas, il fallait en plus un temple perdu, une base secrète à la technologie vraiment trop en avance sur son époque, une civilisation perdue... n'en jetez plus ! Pourquoi s'arrêter en si bon chemin: un dernier rebondissement achève de rendre le tout indigeste.

Dans l'ensemble, cette reprise est respectueuse. Elle peine pourtant à séduire. La volonté de moderniser modérément le propos est évidente, mais l'intervention horrifique qui survient dans les dernières planches paraît artificielle. Il faut considérer Les 100 Démons de l'Ombre Jaune comme un galop d'essai. Il permet de constater que les auteurs ont bien révisé leur sujet et se sont appliqués à rendre une copie sans faute majeure. Elle n'a pas beaucoup de saveur non plus. Il serait intéressant que, pour la suite, Corbeyran, Bec et Grella osent se démarquer et entraînent leur héros dans un univers plus pulp. Cela représenterait sans doute la manière la plus efficace de dépoussiérer le mythe sans le trahir.

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