Chronique : Crépuscule des pères (Les Arènes)

Il y a 2 semaines 50

U n mariage qui ne marche plus suivi d’un divorce difficile, Thomas n’a pas trop le moral. Dernière étape, obtenir la garde alternée de sa fille, mais la procédure est longue, interminable. De plus, dans la majorité des cas (soixante-quinze pour cent), le juge la refuse. Il faut quand même se battre et espérer lui répète son avocate. En visitant une brocante, il tombe sur un vieux Paris Match datant d'une cinquantaine d'années relatant un fait divers sordide : André Fourquet s’était barricadé chez lui avec deux de ses enfants et exigeait de pouvoir continuer à les voir. Après quinze jours de négociation tendue, c’est le drame, il les abat avant de se donner la mort. À l’époque, l’évènement avait, à juste titre, secoué la France entière. S’identifiant à ce père désespéré, Thomas décide d’en savoir plus et, surtout, de comprendre comment un individu peut en arriver à une telle extrémité.

Auto-fiction mâtinée de reportage explorant une problématique judiciaro-familiale, Crépuscule des pères est une œuvre hybride, sensible et bouleversante. Renaud Cojo a sûrement mis énormément de lui-même dans ce récit mettant de l’avant la situation déchirante rencontrée par beaucoup de papas quand vient le moment de statuer du sort des mineurs dans une séparation. Ne plus voir sa fille, ou alors que très rarement ? Jamais ! Il faut répondre aux accusations mensongères de son ex-femme et de son avocat (un requin sans âme connaissant sur le bout des doigts les arcanes de la justice) et faire face dignement. Exactement ce que n’a pas pu ou su faire Fourquet. Acculé et sans espoir, il a choisi le pire plutôt que d’accepter l’idée d’être séparé de ses rejetons.

Allers et retours incessants entre passé et présent, description détaillée des évènements et de l’improbable outrecuidance des médias (des journalistes avaient réussi à forcer les barrages policiers pour aller interviewer le forcené pendant le siège de sa maison !), moments de doute et une réelle interrogation sur ce quasi-réflexe qui donne priorité aux mères dans la garde des enfants. La lecture est dure, tendue et particulièrement incarnée. Dommage cependant qu’aucune réelle mise en contexte ne soit proposée. Le scénario est uniquement raconté depuis le côté de Thomas et jamais de celui de son ex-compagne ou d’un tiers joueur peut-être plus impartial. Un autre point de vue aurait certainement apporté du recul à cette problématique évidemment très personnelle.

Aux pinceaux, Sandrine Revel rend une copie sobre et droite. Découpage parfaitement tenu, couleurs sobres soulignant la sévérité des circonstances et une galerie de personnages simplement montrés tels quels, sans fioriture ou volonté esthétisante, la dessinatrice ne tente pas de rendre hommage ni de jouer sur le pathos. À la place, elle offre une reconstitution fine et précise d’un coin perdu de la France à la fin des années soixante et une série de portraits francs et sincères.

Malgré un sujet âpre et une narration parfois ardue à suivre, Crépuscule des pères arrive à susciter un réel intérêt et à retranscrire tout l’accablement ressenti par ces hommes, ainsi que l’amour inconditionnel qu’ils portent à leur progéniture.

Lire la Suite de l'Article