Chronique : Le chœur des femmes (Le Lombard)

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J ean Atwood se destine à la chirurgie gynécologique. Mais avant d'exercer ses talents dans les blocs opératoires, la jeune interne doit effectuer et valider son stage en section médicale. C'est dans l'unité 77, pilotée par le docteur Karma que la canadienne atterrit. Bien vite, elle se demande ce qu'une major de promo va bien pouvoir apprendre auprès d'un tel praticien. Mais Jean se trompe... Ces quelques mois vont changer sa vision de la médecine et peut-être même son existence...

Après Les Reflets changeants en 2017 (déjà au Lombard) c'est grâce à son album Il fallait que je vous le dise (en 2019 chez Casterman), qu'elle rencontre Martin Winckler. Et lorsque l'idée d’adapter un de ses romans les plus connus a germé, c'est tout naturellement que l'auteur a pensé à Aude Mermilliod. Elle s'empare du sujet pour en livrer une adaptation personnelle de près de deux cents planches qui ne trahit en rien le sujet et le ton initiaux.

Le roman de Martin Winckler, paru en 2009 chez POL, a été un succès critique mais surtout populaire. Faisant voler en éclats un tabou sur la manière dont les femmes sont soignées dans des structures censées leur être dédiées, il questionnait le lectorat mais surtout les soignants sur leurs approches, leurs théories, leur savoir aussi... L'autrice adapte ici cette réflexion à la bande dessinée avec sensibilité et pudeur, en imprimant son style. En créant un suspense quant à l'issue du stage de l'héroïne et de son devenir, elle construit une intrigue qui happe rapidement. Au fur et à mesure des consultations, l'arrogance de Jean disparaît et ses certitudes sont mises à mal face au naturel, l'empathie et l'extrême finesse psychologique de son tuteur.

Découpée en courts chapitres, son histoire mêle des retours arrières qui éclairent sur la personnalité de Jean et son apprentissage dans cette unité si particulière. S'appropriant les deux personnages principaux, qu'elle caractérise aisément, l'autrice voyageuse joue sur leur opposition apparente pour installer une complicité dans laquelle le lecteur s'engouffre avec curiosité et gourmandise. Et cela d'autant plus aisément que la fluidité est garantie par une mise en scène intelligente reposant notamment sur un trait expressif et précis. Le propos, bien que sérieux, est parfaitement compréhensible et les petites touches d'humour rendent l'ensemble encore plus plaisant.

Avec cet album sensible, touchant, drôle, effrayant parfois, Aude Mermilliod expose une évidence : elle est une artiste à part dans la BD. De celles et ceux capables d'apposer leur voix à une œuvre aussi forte et connue que Le Chœur des femmes. Cette adaptation est également l'occasion d'amener un nouveau public à découvrir une évidence malheureusement souvent oubliée.

Par M. Moubariki

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