Chronique : Les amants d'Hérouville - Une histoire vraie (Delcourt)

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L orsque le titre d'une bande dessinée contient "Hérouville", le lecteur pensera d'abord aux mythiques studios dans lequel se sont succédées quelques-unes des plus grandes stars des années septante. D'autres, plus littéraires, penseront d'abord à Modeste Mignon, roman d'Honoré de Balzac qui s'y déroule. Ce serait faire fausse route. cette histoire est avant tout celle des amants qui y vécurent leur passion. Non pas George Sand et Frédéric Chopin, mais bien Michel Magne et Marie-Claude Calvet. Tout est dans tout, évidemment, et la folle aventure artistique qui agita ce lieu fut bien le rêve du premier, compositeur éclectique et stakhanoviste. Elle est bien présente dans ces pages. Grateful Dead inaugure une parenthèse enchantée, donnant un concert improvisé dans le parc de la demeure, donnant lieu à une improbable communion entre villageois et rockers. Johnny Halliday comate à moitié entre deux sessions, Elton John s'amuse, David Bowie joue les psys de comptoir... mais de tels moments sont voués à n'être qu'éphémères et, lorsque la réalité revient à la charge, il n'y a plus guère de place pour les rêveurs

Ce livre est avant tout l'ultime hommage que la muse rend à son artiste. Il alterne récit de la vie complètement folle d'un gamin incapable de tenir en place, toujours en mouvement, cherchant le frisson, la nouveauté, l'innovation et une histoire d'amour intense, commencée comme un conte de fées avant d'être détruite par la rapacité du monde. Michel Magne vivait dans une bulle où tout était possible. Il s'est heurté aux calculs froids et cruels de quelques hommes d'affaires qui vont le déposséder de tout, jusqu'à le détruire.

C'est donc un ultime hommage que lui rend son grand amour, nourrit de détails intimes, de photos qui témoignent de l'adoration que lui portait son mari et de pages qui sonnent comme une déclaration posthume, près de quarante années après la disparition tragique de son mari. Au fil des planches, les auteurs retranscrivent l'esprit une époque, dans toute sa complexité. Leur travail n'est en rien un documentaire et les puristes auront beau jeu de souligner l'une ou l'autre inexactitude. Ce serait se tromper sur la nature de leur travail. Ils ne racontent pas l'odyssée d'Hérouville. Ils rendent vie à un personnage virevoltant et fascinant. Les libertés sont autorisées, bienvenues et même indispensables lorsqu'il s'agit de saisir une personnalité aussi riche. Ils composent une œuvre légère et grave, pleine d'émotion. Et ils savent s'effacer dans les dernières planches, laissant la place à Marie-Claude pour une ultime déambulation dans le parc d'Hérouville, qui n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut, mais qui reste chargé de souvenirs joyeux.

Par T. Cauvin

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