Chronique : Les futurs de Liu Cixin -2- Pour que respire le désert (Delcourt)

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D ans un futur proche, des villes nouvelles se sont implantées en plein désert avec le fol espoir de fertiliser ces sols arides. Les parents de Yuanyan font partie des pionniers qui ont créé la "Cité de la Route de la Soie". Ils œuvrent sans relâche pour faire perdurer leur rêve, mais ils se heurtent à une réalité cruelle: l'approvisionnement en eau est insuffisant, condamnant la métropole à l'abandon. L'enfant est encore toute petite lorsque sa mère décède brutalement. Son père, désemparé et accaparé par son rôle de maire, l'élève du mieux qu'il peut. Si elle présente une intelligence brillante, elle ne s'intéresse qu'à une seule chose : les bulles de savon. Rien d'autre ne semble compter et, quoi qu'elle entreprenne, elle en revient toujours à cette étrange passion, cherchant des moyens de plus en plus élaborés d'en produire de plus en plus grandes et résistantes.

Pour que respire le désert fait partie d'un vaste projet d'adaptations des textes de l'écrivain de science-fiction chinois Liu Cixin. Pas moins de quinze titres sont annoncés, démontrant l'ambition éditoriale du projet. Cet album déçoit pourtant. Comme souvent lorsqu'il s'agit de nouvelles, il est délicat de combiner une intrigue complexe et une galerie de personnages attachants. Ainsi, l'histoire est plutôt intéressante et repose sur des explications scientifiques assez claires, mais l'absence de profondeur des différents protagonistes se révèle vite problématique. La psychologie est plus que simpliste, à la limite de l'horripilant. L'émerveillement qui devrait surgir dans les dernières pages n'en parait que plus artificiel.

De plus, un discours discrètement propagandiste se dissimule au détour de détails à priori insignifiants. Le nom même de la métropole renvoie à la Nouvelle Route de la Soie, projet pharaonique du régime de Pékin pour créer une voie commerciale entièrement dévolue à inonder le monde de produits chinois. L'auteur est d'ailleurs, depuis quelques mois, sous le feu des critiques pour des prises de positions politiques où il soutenait ouvertement le gouvernement, expliquant que la démocratie n'était pas un système politique adapté à son pays et justifiant la répression à l'encontre des Ouïghours. Si ce récit est plutôt neutre politiquement, il est difficile de ne pas y voir un exemple de la soft power déployée par la Chine. C'est en tout cas un titre plutôt moyen qui manque de fantaisie et de magie. Vite lu et oublié, éphémère comme une bulle de savon.

Par T. Cauvin

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