Chronique : Pinard de guerre (Bamboo Édition)

Il y a 1 semaine 32

L'alcool permet de faire oublier bien des choses, ca les rend même grandioses.
La gnôle, ca donne des ailes aussi, il l'a compris, le drôle.
Pendant que les copains servent de passoires aux Boches, Ferdinand Trancourt ramone de la gironde et s'en met plein les poches.
Sa combine ? Vendre de la bonne bibine.
Pas ce tord-boyau immonde coupé de bromure avec lequel les pauvres troufions se prennent une biture.
Briscards ou bleusaille, pas de différence, tant qu'il y a l'ivresse, pas de souffrance.

Philippe Pelaez s'est déjà aventuré sur les sentiers de la guerre dans Puisqu'il faut des hommes, ainsi que dans les Chroniques américaines. Dans ce nouvel opus (qui aura probablement une suite, Bagnard de guerre), il mélange boissons grisantes, sang et poudre. Il s'est inspiré d'un encart de revue qui donnait les chiffres du vin qu'avaient ingurgité les poilus pendant le conflit de 14/18. Voilà donc comment aborder un sujet archi usité sous un angle pour le moins inattendu. Il fait se confronter les têtes pensantes à l'abri dans les coulisses et les pions qui vont au charbon sur le front. Au milieu, son personnage principal, qui est particulièrement travaillé et captivant dans son évolution, laissant ainsi une grande marge de suspense à l'intrigue. Le texte, avec son vocabulaire et ses expressions argotiques du cru, se révèle un atout de taille pour la narration, que ce soit dans la voix off ou dans les phylactères. Le lecteur est plongé dans le drame illico.

Il s'agit de la deuxième collaboration entre le scénariste et Francis Porcel, après Dans mon village on mangeait des chats. La superbe couverture donne le ton.
La force du dessinateur réside notamment dans ses «gueules», typées, expressives, peu esthétiques finalement mais qu'importe, car elles dégagent beaucoup de caractère. Le lecteur pourrait presque leur trouver un air de Breccia dans ses Sentinelles. À l'instar de son Bouffon, la colorisation en tons naturels crée des ambiances monochromes adaptées aux situations évoquées et restaure ici parfaitement la grisaille et les tensions belliqueuses.

Dans Pinard de guerre, la petite histoire s'invite dans la grande en trinquant aux victimes, aux planqués et aux opportunistes. Un sujet méconnu et original mis en fiction avec brio.

Par L. Moeneclaey

Lire la Suite de l'Article