Chronique : Saint-Elme -1- Tome 1 (Delcourt)

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N ichée au pied de montagnes majestueuses au bord d’un lac aux eaux cristallines, Saint Elme possède tous les atouts pour vous séduire le temps d’un séjour de rêve. Grands espaces, vues à couper le souffle, traditions et gastronomie, que vous soyez du genre actif ou bien hédoniste, notre charmante cité à tout pour vous satisfaire. Bienvenue à Saint Elme !

Serge Lehman et Frederik Peeters, le duo derrière le brillant Homme gribouillé, sont de retour avec une nouvelle série sous le signe du polar et de l’étrange. Fred Vargas n’est pas loin et ça ne serait pas surprenant que David Lynch soit caché derrière un mélèze au détour d’un sentier. Premier tome posant le couvert, La vache brûlée est avant tout une introduction à un récit prévu pour s’étaler sur quatre ou cinq volumes. Le temps est aux présentations : une galerie de personnages peuplée d’individus aux caractères bien trempés, un cadre géographique grandiose calqué sur le sud des Alpes (Tessin, Lac de Côme) où les forces de la nature sont plus que prégnantes et, déjà, une série de scènes chocs marquantes aux ramifications encore à peine discernables.

Qui dit thriller, implique évidemment un privé : voici Frank Sangaré, un vrai pro qui atteint toujours ses objectifs. Sa mission ? Ramener à la maison un jeune fugueur issu d’un riche famille. Une affaire assez routinière sans réelle difficulté à première vue. Sauf que, derrière les belles affiches publicitaires, l'idyllique bourgade cache quelques secrets peu avouables. Il y a certes, comme habituellement dans ce genre de microcosme, une espèce de potentat qui tire les ficelles. Il ne devrait pas trop poser de problème, des gars de cet acabit, le héros sait comment les manœuvrer. Par contre, il y a plus grave que ces trafics minables et autres combines politico-économiques. Une atmosphère malsaine plane sur la cité, un je-ne-sais-quoi indéfinissable qui met mal à l’aise. Et puis, les cadavres commencent à s’accumuler un peu vite à l’ombre des cimes enneigées.

Découpage serré, mise en page sévère et limpide, couleurs audacieuses, Frederik Peeters récite ses gammes tel un maestro en représentation. Même s’il semble un peu gêné aux entournures à force de vouloir coller au plus près de ses protagonistes, son travail se montre impressionnant de maîtrise. Véritable synthèse des outils graphiques qu’il a développés au fil de sa carrière, les planches de Saint Elme rassemblent tout ce qui a fait le succès du dessinateur : élégance et fluidité au service de la narration.

Premier tome emballant et intrigant, La vache brûlée est une entame particulièrement réussie, réalisée de mains de maître par deux artistes au sommet de leur art. Vivement la suite.

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