Chronique : Voltaire & Newton -1- Pangloss-Tula (Delcourt)

Il y a 2 mois 91

L ondres 1726. Miss Barton joue les entremetteuses et permet au jeune Voltaire de rencontrer son oncle, un Isaac Newton vieillissant. Après le brandy, l’Anglais présente à son hôte sa dernière invention, le forslo. Semblable à un navire, le véhicule devrait s’envoler vers les étoiles. Le philosophe des Lumières se voit plutôt précipité dans une Amérique précolombienne. Il se trouve rapidement au cœur de luttes de pouvoir prenant essentiellement la forme de joutes verbales. Pangloss-Tula constitue le premier opus de la trilogie Voltaire & Newton.

La rencontre de deux grands esprits étant toujours prometteuse, l’intention de Mitch apparaît séduisante. L’entretien se révèle malheureusement bref. Il était pourtant bien parti, mais les échanges sur l’existence de Dieu et sur les fondements d’une société égalitaire ne forment qu’un court chapitre, avant que le récit ne bascule complètement. Il se métamorphose alors en conte enfantin et fantaisiste. Le propos n’est pas fondamentalement déplaisant ; il tranche néanmoins nettement avec la proposition de départ. L’auteur pose par ailleurs habilement les bases des deux tomes à venir en donnant ponctuellement des nouvelles de Tonton et de sa nièce dont les destins croiseront certainement celui de l’encyclopédiste. Un mot sur la langue des Autochtones qui, étant donné les nombreux termes inventés, est par moment difficile à suivre.

Sylvain Bauduret a de toute évidence beaucoup apprécié la série De cape et de crocs dont il s’est visiblement inspiré. Mais peut-on reprocher à un jeune artiste d’être influencé par les plus illustres ? Surtout quand le résultat se montre de qualité. En fait, il y a deux projets graphiques dans ce livre. Le premier, léché, témoigne d’un véritable souci du détail. Le trait a cependant tendance à se relâcher lorsque l’aventure se déplace dans le Nouveau Monde. Les illustrations, d’abord assez réalistes (même si les personnages ont des têtes d’animaux) sont soudainement caricaturales, les décors moins soignés et les acteurs au deuxième plan sont à peine esquissés ; il en va parfois de même pour ceux en première ligne s’il s’agit de figurants. Chapeau à la riche mise en couleurs et à l’audace d’éclairer une page très sombre en y insérant une case orange, jaune ou bleu ciel.

Un album proposant de belles choses, sans convaincre tout à fait. Mais allez savoir si la suite ne confondra pas les sceptiques.

Par J. Milette

Lire la Suite de l'Article