Spawn Undead

Il y a 3 mois 85

L'histoire :

Tom Sloan est au bout du rouleau. Il faut dire que 20 années d'alcoolisme forcené l'ont bien aidé. Le voici errant dans la ville, une bouteille de whiskey canadien à la main. C'est elle sa complice, sa dernière complice, car il a décidé d'en finir en se jetant d'un pont. Un ou deux coups de klaxon et quelques injures, le temps de traverser la voie et le voilà qui surplombe le vide. C'est alors qu'un vieil homme s'arrête et lui demande de parler quelques minutes. Tom ne peut pas le savoir, mais il s'agit d'un ange qui a pris l'apparence d'un marginal, avec sa grosse barbe, son chapeau et son long manteau. Le dialogue s'instaure, ou plus exactement, s'ensuit un monologue. Tom revoit sa vie défiler : un père alcoolique et violent, une mère qui délaisse ses enfants après le divorce, une sœur adorable qu'il a toujours négligée, quand il ne la maltraitait pas... et puis une cheville brisée qui a anéanti tout espoir de carrière pro dans le soccer. Et la boisson, toujours la boisson, encore plus de boisson. Jusqu'à être seul, désespérément seul. L'ange l'écoute et s'en va, le laissant libre de son choix, mais Tom n'a que peu de répit : un monstre drapé de rouge et de noir, surgissant de l'obscurité, lui explique que son âme est perdue...

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Fort du succès aussi immédiat que grandissant de son rejeton des Enfers, Todd McFarlane décide relativement vite d'élargir son univers. Les fans de la malédiction d'Al Simmons découvrent au fur et à mesure une multitude de spin-off, Spawn the Dark Ages et Curse of the Spawn défrichent le terrain. Puis vient Spawn the Undead et cette fois-ci, il n'est plus question de batailles au septième cercle des Enfers, au Purgatoire ou sur les terres sacrées du Paradis ni d'ages reculés. Non, le théâtre inquiétant du Spawn sera celui des tourments des humains, de leurs turpitudes ou parfois leur méchanceté assortie d'une plus grande encore stupidité. Alors certes, le canadien est un sacré businessman, mais ce serait lui faire injure que de ne pas reconnaître qu'il est un dénicheur de talents hors-pair ou qu'il sait les attirer à lui quand ils ont déjà fait leurs preuves. Il confie à l'époque (en 1999) le scénario de la série dérivée à Paul Jenkins, qui vient de tout casser chez Marvel avec ses Inhumains. Et on a presque envie de vous de vous dire que ça se tient : qui plus inhumain que le Spawn ? En huit histoires courtes et indépendantes (publiées initialement en France par Semic en deux volumes en 2003 et 2004), il dote le Hellspawn d'une dimension qui rappelle en tout point la figure du croque-mitaines. Loin des standards des super-héros, la Justice immanente qu'il inflige aux hommes coupables de terribles agissements en fait un héros (ou un anti-héros) implacable. L'aspect psychologique des récits prend le dessus, façon portraits et destins tragiques pour chaque personnage, qui incarne «Monsieur-Madame tout-le-monde», mais capable du pire. C'est Dwayne Turner, artiste New-Yorkais au style très personnel, qui est choisi pour le dessin et il faut reconnaître qu'il a le talent de donner vie à de beaux salauds comme à leurs pauvres victimes. C'est donc avec un réel plaisir qu'on retrouve cette tranche profondément noire qui vient à la marge de la série principale, réunie ici dans une intégrale qui lui donne la dimension qu'elle mérite. Alors à sa lecture (ou sa relecture) on ne peut s'empêcher de fredonner «Darkness, imprisoning me, all that I see : absolute horror»...

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